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​L’Art Nouveau

« Art Nouveau », « Nieuwe Kunst », « Jugendstil », « Sécession », « Modernismo », « Modern Style »,« Paling Stijl » (style anguille), « Ultra-stylisation », « Stile Vermicelle », ces termes s’appliquent au mouvement qui se répand en Europe puis dans le monde entier, en annonçant clairement l’intention : nouveau, moderne, sécession. D’autres termes complètent l’intention de rupture et de nouveauté en précisant le geste : art floral, arte floreale, style Guimard ou Liberty, style coup de fouet, style nouille, style 1900 et bien d’autres termes encore, qui expriment, au travers de l’observation de la nature, diversité et inventivité, rythme, couleurs et ornementations ondoyantes.
L’empreinte de l’Art Nouveau dans le temps est très limitée et couvre la décennie 1895-1905 : c’est pourquoi les auteurs le qualifient d’éphémère, voire de feu de paille. Pour l’architecture, les spécialistes sont même encore plus drastiques, limitant l’acmé des principaux architectes à 1900.

Dans la zone de Nouvelle-Aquitaine qualifiée aujourd’hui d’ex Poitou-Charentes, la présence de l’Art Nouveau dans l’architecture est forte et correspond à une diffusion tardive. Quelque trois cents édifices sont marqués de manière plus ou moins importante par l’influence de ce style. Les musées ne sont pas en reste, qui conservent verrerie (Gallé et Lalique à Cognac), céramique (Knoëpflin à Parthenay et Niort), art graphique (Mucha à Angoulême) et orfèvrerie (atelier Fromantin à Niort).

La fin du XIXe siècle voit dans tous les domaines des arts décoratifs de grandes transformations apparaître. Amorcé avec Théodore Deck qui, petit à petit, délaisse les motifs ornementaux classiques et puise son inspiration dans les céramiques anciennes d’Extrême-Orient ou de Perse, dans les motifs du Japon, ce tournant vers l’Art Nouveau gagne bien d’autres artistes parmi lesquels Félix Bracquemond, Ernest Chaplet, Clément Massier, Pierre-Adrien Dalpayrat ou Taxile Doat. Avec eux vient le règne de l’émail, souvent plus important que la forme, et la France est tête de file dans le renouvellement de la céramique. Dans le mouvement, toute l’Europe suit. En Allemagne, la Manufacture royale de Berlin avec Theodor Schmuz-Baudiss. À Meissen, Henry Van de Velde et Peter Behrens abordent un style moderne, aux Pays-Bas, en Autriche et plus timidement en Angleterre où quelques céramistes se laissèrent influencer par le style Arts and Crafts de William Morris.
Du point de vue technique, trois grandes catégories se dégagent : émaillage, sculpture et décor peint, qui seront utilisées seules ou en combinaison. De nouvelles techniques d’émaillage sont mises au point, la palette des coloris s’enrichit de tons inédits, on joue sur les matières, les textures et les aspects : brillant, mat, lustré, cristallisé, métallescent. La palette colorée explose : violet vif et velouté, orange puissant, jaune, bleu et surtout le fameux rouge sang-de-bœuf envié aux céramistes chinois. La science et le hasard se marient. La précision chimique nécessaire à la fabrication des émaux est mathématique, précise, scientifique. La température de cuisson permet d’obtenir une couleur voulue, fruit de nombreux essais préalables, une opacité et une texture recherchées. Mais comme toujours avec les arts du feu, les aléas de la cuisson offrent des surprises, parfois désastreuses signant la destruction immédiate de la pièce ratée, mais parfois renversantes, créant décors inattendus, craquelures bienvenues et autres effets marbrés qui font des pièces sortant ainsi du four des pièces uniques répondant parfaitement au cahier des charges de l’Art Nouveau : pièces remarquables et uniques. Impossible de reproduire deux fois ce que le hasard a voulu.

Les créateurs de l’Art Nouveau ont voulu se démarquer des modèles artistiques du passé et expérimenter de nouveaux savoir-faire. Grâce à la révolution industrielle à la démocratisation des arts décoratifs, le postulat de départ de l’Art Nouveau était aussi de donner accès au plus grand nombre à des objets usuels de grande qualité. Les produits proposés sont devenus des objets de luxe. La volonté de lier la modernité artistique et la modernité sociale et politique n’a pas tenu, ce mouvement n’a manifestement pas complètement rencontré son public. Aujourd’hui, l’Art Nouveau a retrouvé ses lettres de noblesse, tous les grands noms de la céramique, mais aussi du mobilier, du verre, de la joaillerie affolent les ventes aux enchères et rejoignent les vitrines de nos musées pour la délectation de chacun.

​Knoëpflin et l’Art Nouveau

Knoëpflin inscrit une partie de sa démarche artistique dans ce mouvement, de plusieurs façons. Sa recherche formelle le pousse vers des œuvres en rupture avec celles de ses prédécesseurs. Le programme iconographique reste ambitieux, voire audacieux. Il apporte des décors d’inspiration végétale ou japonisante crée des jeux de couleurs flammées qui produisent des formes abstraites et uniques.