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Chromatique ou diatonique ?

 Deux accordéons de la firme Maugein de Tulle

Un regard, deux œuvres :

Présentation de deux numérisations 3D d’accordéon

La Cité de l’Accordéon et des patrimoines de Tulle possède un large fonds d’accordéons d’origine et d’époque diverses. Dans ce fonds, une large part est faite aux accordéons fabriqués localement par l’une des dernières firmes françaises de cet instrument : la manufacture Maugein implantée à Tulle.

Parmi ses collections, deux accordéons ont été numérisés en 3D. Ils sont représentatifs de deux grands types d’accordéon, que l’on nomme « accordéon diatonique » et « accordéon chromatique ».

Chromatique/diatonique  : Une histoire de sons

S’ils ont en commun d’être des accordéons, c’est-à-dire d’appartenir à la même famille d’instruments à vent et à soufflet, il existe de nombreuses différences entre ces deux modèles, séparés par une dizaine d’années d’écart qui correspondent à des genres musicaux et des répertoires différents.

La première différence, diatonique /chromatique, est sonore. Dans le cas de l’instrument diatonique, la note obtenue en appuyant sur une touche est différente suivant que l’on pousse ou que l’on tire le soufflet. Il possède les notes de la tonalité dans laquelle il a été fabriqué. Dans le cas des instruments chromatiques, la note obtenue sera la même quelque que soit le sens du soufflet. L’instrument possède les douze notes de la gamme chromatique (comprenant dièses et bémols). La différence se situe à l’intérieur des caisses, au niveau des anches métalliques.

Du fait des claviers différenciés pour les deux mains : certains accordéons peuvent associer registre chromatique d’une part et registre diatonique de l’autre. Il est même possible, sur le clavier d’une même main, d’avoir des touches au fonctionnement différent, mêlant basses standards ou chromatiques et accord.

Le point commun reste le principe sonore : le son est émis par une lamelle métallique (l’anche) qui entre en vibration sous l’effet de l’air amené par le soufflet.

Ce même principe est utilisé sur d’autres instruments : bandonéon, harmonica, etc.

… et une affaire d’apparence !

Ils diffèrent également du point de vue de leur taille et du décor des caisses : le diatonique possède une petite caisse carrée en bois verni, le modèle chromatique une caisse agrandie, rectangulaire, et recouverte d’un décor en nacrolaqueMatière plastique à base d’acétate de cellulose imitant la nacre avec motifs peints.

Ces deux instruments sont des marqueurs dans l’histoire de la fabrique Maugein Frères, implantée à Tulle (Corrèze), et plus largement dans l’histoire de l’instrument. Le modèle diatonique (2019.0.4) avec sa plaque fabricant rouge portant le sigle « JAR », pour Jean, Antoine, Robert, les trois frères associés dans la fabrication, est datable des années 1920 et correspond aux premières fabrications.

D’un instrument pour l’élite… au succès populaire

Né en Autriche en 1829, l’accordéon connaît, en quelques décennies d’existence seulement, une évolution et un succès fulgurants. Instrument à l’origine réservé à une élite aristocratique hors de portée d’une clientèle populaire (voir l’encart plus bas), il accompagne les changements profonds que connaît la société française à l’avènement de l’ère industrielle.  Les modèles diatoniques comme le modèle numérisé se répandent dans les campagnes, et notamment en Corrèze entre les années 1890 -1920.

La star des bals

L’instrument vient occuper le devant de la scène dans les bals aux côtés d’autres instruments traditionnels : violon, vielle à roue et cabrette (également appelée musette : instrument de la famille des cornemuses). Ils sont associés à un répertoire de musiques traditionnelles : bourrée, scottish, mazurka, polka. Peu avant 1900 à Paris, l’arrivée en masse d’accordéons venus dans les bagages des migrants italiens, utilisant le système sonore chromatique bouleverse les bals traditionnels de la colonie auvergnate, bals dits à la musette. La confrontation tant musicale que culturelle entre l’accordéon des Italiens et la cabrette des Auvergnats donne naissance au bal musette et à un nouveau genre musical : le musette. Dans l’entre-deux-guerres, le répertoire musette de valses et de javas impose l’accordéon chromatique tandis qu’émergent des figures d’accordéonistes virtuoses.

À partir de la fin des années 1920, les frères Maugein développèrent particulièrement la fabrication des modèles chromatiques, à la puissance sonore parfaitement adaptée au bal. Cette fabrication permit l’essor de l’usine des frères Maugein.

 À retrouver également :

La présentation d’un accordéon bisonore à décor peint et nacré, véritable œuvre d’Art décoratif issu lui aussi des collections des musées de Tulle et de sa Cité de l’accordéon. Cet accordéon est disponible en numérisation 3D.

Crédits :

Texte :  Karine Lhomme, responsable de la Cité de l’accordéon et des industrie de Tulle
Réalisation technique, scan 3D et photographies : Vincent Lagardère, Alienor.org, Conseil des musées