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La guerre franco-prussienne de 1870

ou comment on a mangé Castor et Pollux

Le Grand Atelier, musée d’art et d’industrie conserve un médaillon historique du siège de Paris de 1870-1871 contenant un morceau de pain, un morceau d’obus et une liste des prix des vivres dont le rat ou l’éléphant…

Objet reliquaire on ignore pour qui il a été fabriqué mais il témoigne de l’épreuve vécue par les parisiens pendant un peu plus de 4 mois.

Fin d’un empire, naissance d’une république

Le 19 juillet 1870, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse, suite à un coup politique monté par le chancelier Bismarck qui souhaite pousser le français à entrer en guerre au pire moment pour le pays.
En effet, l’armée française, auréolée de ses victoires récentes au Mexique, en Afrique ou en Crimée est pourtant, à l’entrée en guerre, en pleine réorganisation et est dépourvue de doctrine militaire claire.
Cette réorganisation a été entamée suite à la défaite cinglante de l’Autriche face aux forces prussiennes à Sadowa quatre ans plus tôt. Conscient de la menace réelle que représente la Prusse et de la supériorité de son armement, l’État-Major souhaitait notamment réformer son système de conscription. C’est aussi une période charnière pour les armes qui évoluent très vite, et si la France dispose du fusil Chassepot depuis 1866, celui-ci n’est toujours pas une arme à répétition pouvant rivaliser avec le Mauser allemand et son artillerie est en retard. Enfin l’armée française est dépassée numériquement par l’armée prussienne.

Le 2 septembre, l’armée française est défaite à Sedan (Ardennes). L’empereur Napoléon III est fait prisonnier. Le 4 septembre, des députés républicains proclament la République et un gouvernement de la Défense Nationale est constitué sous la présidence du général Trochu. La décision de continuer la guerre, pourtant si mal engagée est prise.
Après une campagne désastreuse pour l’armée française, l’impensable se produit : l’ennemi est aux portes de la capitale. C’est une ville fortifiée, mais aux fortifications mal préparées et aux approvisionnements insuffisants qui doit subir un blocus.

Paris assiégé

La ligne de défense de la ville se compose de 94 bastions, 17 forts et 400 000 hommes en armes. Toutefois si ce chiffre peut paraître impressionnant tous ces hommes ne sont pas des militaires expérimentés. La Garde nationale, composée d’hommes de tous âges recrutés et équipés en urgence, sans réelle formation militaire, représente les trois quarts des effectifs. Forts et bastions de leur côté ne sont pas tous opérationnels.

Au cours du mois de septembre les Prussiens et leurs alliés allemands marchent sur Paris en deux colonnes afin de réaliser un encerclement. Le 18 ils s’emparent de Versailles laissée sans défense, le 19 l’armée française tente une manœuvre infructueuse pour éviter que la nasse ne se referme sur Paris.

Les Prussiens disposent leur artillerie en hauteur, à Châtillon, d’où ils ont tout loisir de pilonner la ville. Toutefois l’état-major préfère un siège dans la durée et les bombardements des premiers jours diminuent rapidement pour laisser place à l’attente.
Au cours de l’automne et de l’hiver les troupes assiégées tentent plusieurs sorties pour tenter de briser l’encerclement, mais sans succès pérenne. Le Bourget est repris quelques heures mais les hommes qui avaient réussi à y pénétrer se font piéger dans la ville. Les Français échouent devant Châtillon, Champigny ou encore Buzenval.

Paris est assiégé; mais pas totalement isolée : des armées sont levées en urgence dans les provinces pour continuer la guerre. Si le gouvernement est resté à Paris, une délégation chargée de coordonner les actions, notamment de levées de troupes, est envoyée à Tours. Cet état de fait donne lieu à une des anecdotes certainement les plus connues du siège de Paris. Le 9 octobre Léon Gambetta, ministre de la guerre et de l’intérieur quitte la ville en ballon pour rejoindre Tours et se charger de la formation des nouveaux corps d’armée. Mais le ballon de Gambetta n’est pas le seul à s’être élevé dans le ciel parisien, ce ne sont pas moins de 66 aérostats qui ont décollé pour assurer les missions les plus diverses. Ces ballons, ainsi que les pigeons voyageurs ont permis à Paris de continuer à communiquer avec le reste du territoire pendant le siège.

La faim et le froid

Des troupeaux ont été amenés en urgence dans la ville et paissent dans les parcs municipaux, mais la forte densité de la population, qui n’a pas été évacuée et l’afflux de troupes venues en renfort pour tenir la capitale ne fait rien pour arranger la situation alimentaire.
L’hiver 1870-1871 est, de plus, particulièrement rude. La température descend quinze degrés en dessous de zéro. Pour se chauffer les parisiens abattent les arbres qui longent les boulevards, mais si on a froid cet hiver là on a aussi faim.

Illustrations humoristiques décrivant la vie des parisiens pendant le siège.

​ Pendant le siège, on abat d’abord les troupeaux qui avaient été amenés en urgence dans Paris au cours de l’été. Mais, avec les soldats et les habitants ce sont plus de deux millions de bouches qu’il faut nourrir. Il faut très vite se résoudre à abattre les chevaux. Oiseaux, rats, chiens et chats n’échappent pas au massacre, et même des animaux issus des zoos de Paris.
Alors que les ressources alimentaires se font rares, la viande de chameau, d’antilope ou de loup n’est pas destinée à tous, ce sont les restaurants et les boucheries de luxe qui en accaparent la majorité.

Fin décembre c’est au tour de Castor et Pollux, deux éléphants hébergés soit au jardin des plantes, soit au jardin d’acclimatation (les sources divergent sur ce point) d’être tués, dépecés et mangés. Les cartes de certains grands restaurants adoptent pour le menu de Noël 1870 le pachyderme.
Pour de très nombreux parisiens il reste le rationnement et les soupes populaires mises en place par la mairie.

La capitulation

Le 18 janvier 1871, dans la Galerie des Glaces de Versailles, l’Empire Allemand est proclamé, actant l’union de la Prusse et des états allemands. Les armées du Nord de la Loire et de l’Est, levées en urgence dans les provinces par le Gouvernement de la Défense Nationale ont toutes échoué ; le 19 janvier une sortie majeure est encore une fois repoussée. Alors que la défaite semble certaine une partie du peuple de Paris et de la Garde Nationale souhaite continuer le combat à tout prix, allant jusqu’à l’insurrection le 22 janvier. L’armistice est toutefois signé le 26 janvier pour entrer en vigueur le 28.

Cette capitulation est vécue par beaucoup comme une trahison. En mars une partie de la Garde Nationale, largement ouvrière, refuse de rendre ses armes, notamment ses canons que le gouvernement d’Auguste Thiers tente de reprendre, ironiquement de peur d’insurrections populaires. Une Commune Insurrectionnelle est déclarée. Elle est réprimée dans le sang lors d’un autre siège, mené cette fois par des troupes françaises, mais il s’agit ici d’une autre histoire.

Adolphe Thiers représenté en “capitulard”.

Pour aller plus loin

Après la défaite de 1870 l’armée française ne reste pas sans réagir et une période d’innovation fébrile commence dans les manufactures d’armes :

S’armer pour la guerre, la Manufacture d’armes des Châtellerault 1870-1918

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