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Ainsi naît « la bande à Schnegg »

Depuis le musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan : 7 sculptures numérisées en 3D

La gloire de Rodin entraîne une nouvelle génération de sculpteurs. Formant un groupe autour du bordelais Lucien Schnegg, « la bande à Schnegg » organise des expositions communes et affirme ses choix esthétiques rompant tant avec l’expressionnisme de Rodin qu’avec l’académisme du siècle précédent, pour une pratique épurée renouant avec le modèle antique grecque. Présentation d’une sélection de sculptures en 3D autour de trois artistes de ce groupe…

Auguste Rodin, le père de la sculpture moderne

À partir de 1890, Auguste Rodin connaît un succès international. Jusqu’à sa mort en 1917, en pleine gloire, il influence une génération de jeunes sculpteurs. Son travail, novateur dans le monde très codifié de la statuaire, est empreint de liberté, d’expression du mouvement et de naturalisme. Admirateur de l’Antique, Rodin travaille le marbre et se fait assister par de nombreux praticiens – c’est-à-dire des artistes ou des artisans particulièrement doués dans la taille directe. Pour certains de ces artistes émergents, il joue également un rôle de promoteur, permettant l’exposition de leurs œuvres.

Une nouvelle génération plus sobre que le maître

Ces jeunes sculpteurs, réunis autour de principes artistiques plus sobres que ceux de Rodin, sont près d’une quinzaine, emmenés par le bordelais Lucien Schnegg – sans pour autant que ce dernier revendique ce statut de leader. Outre son frère cadet Gaston, ainsi que les sculpteurs Charles Despiau et Robert Wlérick – tout deux natifs de Mont-de-Marsan -, le groupe comprend Henry Arnold, Élisée Cavaillon, Louis Dejean, Léon-Ernest Drivier, Alfred-Jean Halou, Albert Marque, Auguste de Niederhaüsern-Rodo, François Pompon, Jane Poupelet et Yvonne Serruys.

L’émergence de la « bande à Schnegg »

La première manifestation collective de ces sculpteurs a lieu en 1904 à la Galerie Barbazanges à Paris avec l’exposition Certains (réunissant Schnegg, Dejean, Halou, Marque, Niederhausern-Rodo, Poupelet). Cavaillon, Despiau, Wlérick et Arnold les rejoignent lors d’une exposition chez Georges Petit, en 1910. Louis Vauxcelles, journaliste et critique d’art dans Gil Blas, joue alors un rôle indéniable dans l’affirmation du travail de ces artistes. En 1913, c’est d’ailleurs sous sa plume que naît l’expression « bande à Schnegg » pour évoquer ce groupe à contre-courant. Sans doute faut-il y voir une référence à la « bande à Bonnot », un groupe anarchiste ayant multiplié les braquages et les meurtres en 1911 et 1912.

Le retour au « classicisme moderne »

Véritable manifeste des valeurs plastiques prônées par Lucien Schnegg, le buste de Jane Poupelet (1903) présente l’alternative d’un retour à des lignes plus sereines en réaction à l’expressionnisme de Rodin, rejetant également les références académiques de la sculpture du 19e siècle. Proche de l’art classique, inspiré par l’Antiquité, Lucien Schnegg crée alors les conditions pour une sculpture indépendante qui perdurera tout au long du 20e siècle.

Trois artistes aquitains au musée Despiau-Wlérick: Robert Wlérick, Jane Poupelet et Charles Despiau

La recherche de la modernité des membres de « la bande à Schnegg » leur est favorable puisqu’ils continueront à travailler et à être reconnus après la Grande Guerre. À la différence des peintres de la Société Nouvelle, ils côtoient l’avant-garde. Néanmoins, ces jeunes sculpteurs, même s’ils pratiquent une sculpture plus sereine et calme que celle apprise chez Rodin, ne tenteront jamais un art abstrait qui pourtant voit le jour au même moment.

Robert Wlérick
(1882, Mont-de Marsan – 1944, Paris).

La simplicité des lignes, axée sur la figure humaine, réinterprétant l’art antique pour s’approcher de son idéal de calme, de sérénité et de dépouillement est présente chez tous les artistes de ce groupe. Robert Wlérick, incité par Charles Despiau de venir à Paris découvrir le groupe et son travail, réagit de manière extrême en rejetant l’enseignement académique reçu quelques années plus tôt aux Beaux-arts de Toulouse – l’Enfant aux sabots (avant 1906) est le seul vestige de son travail de jeunesse. Rodin fait quelques années plus tard l’éloge de La petite Landaise (1911) lors de sa présentation au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts en 1912. L’année suivante, c’est Guillaume Apollinaire qui s’exprime au sujet du « grand talent » de Wlérick. Les figures qui forgent sa réputation sont Calme hellénique (1928), Méditation (1928-29) ou encore Rolande (1937-41).

Charles Despiau
(1874, Mont-de-Marsan – 1946, Paris)

Charles Despiau pousse encore plus loin le travail de simplification initié par le groupe. Ses portraits, souvent graves et sereins, affichent une psychologie fouillée. Les yeux de Paulette (1907-1910), juste dessinés et sculptés, sa chevelure qui semble ne pas être achevée, son port de tête, son regard et son sourire donnent un caractère vivant à ce buste. À partir de 1932, la rencontre avec Assia Granatouroff, modèle professionnel que nombre d’artistes font régulièrement poser, permet à Despiau de sublimer le corps féminin – Assia (1937).

Jane Poupelet
(1874, Saint-Paul-Lizonne – 1932, Talence)

Jane Poupelet, rare femme du groupe, travaille le corps féminin avec rigueur et un grand sens du dépouillement. L’artiste aplanit les détails, ses animaux sont sobres, lisses et seuls quelques grands traits suffisent à leur donner vie. Elle s’affiche comme une femme indépendante, dotée du caractère et de la force intellectuelle nécessaires pour tenir sa place dans cette sphère artistique. Ses petites figures animalières, notamment l’Ânon (1907), participent de son succès, notamment aux États-Unis.