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Regnaud

un confinement sous la Terreur !

Le comte Regnaud de Saint-Jean-d’Angély est une figure de premier plan sous le Premier Empire. Connu pour avoir été « l’éminence grise » de  Napoléon 1er, il est l’un des principaux rédacteurs du Code civil.

Néanmoins sa vie politique a commencé bien avant, dès 1789. Il prit une part active à la Révolution française, mais il dut aussi se cacher pendant la Terreur et connut les affres du confinement !

Un modéré dans la tourmente révolutionnaire :

En 1789, jeune avocat de 27 ans, il est représentant du Tiers-État pour Saint-Jean-d’Angély, aux États généraux  de Versailles. Ses nombreuses qualités le font rapidement remarquer. Il contribue à faire adopter la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, il est secrétaire de l’assemblée en 1790, il fait voter le transfert des cendres de Voltaire au Panthéon en 1791.

S’il adopte les principes généraux de la Révolution,  Regnaud ne prend pas part à ses excès et entend rester un citoyen sage et modéré. Admirateur de l’Angleterre, il est monarchien – partisan d’une monarchie constitutionnelle – et défend cette idée. Aussi, en 1792, jugeant trop extrémiste le club de Jacobins dont il faisait partie, il rejoint le club royaliste et modéré des Feuillants.

Bien qu’ayant voté l’arrestation du roi, il prend la défense de la famille royale aux Tuileries le 10 août 1792 à la tête de la section des Filles-Saint-Thomas. Les émeutiers, furieux, se retournent contre lui, et c’est de peu qu’il échappe à la mort : un malheureux qui avait la malchance de lui ressembler est assassiné à sa place. Le régime de la Terreur se met en place, avec le plus acharné des Montagnards : Robespierre !

Proscrit et fugitif !

Pour sa prise de position en faveur de la famille royale, il est proscrit par la Convention nationale. Les scellés sont posés sur son domicile et des amis le cachent jusqu’à ce qu’il aille se justifier devant le comité de surveillance de sa section en septembre 1792. Cette section, la section du Mont-Blanc (anciennement Mirabeau), est d’opinion très modérée. Aussi, est-il blanchi des accusations de complot pour faire évader le roi.

La Terreur s’accentue durant l’année 1793. Se sentant en danger, en mars, Michel Regnaud s’engage sous un nom d’emprunt dans l’armée des volontaires qui partent défendre les frontières de la nation. Il suit l’armée du Nord dans les Flandres, mais un décret ordonne l’arrestation des suspects se dissimulant au sein des troupes. Il est démasqué, arrêté le 22 août 1793 et placé sous surveillance dans son appartement.

À la veille du vote de la loi des suspects, le 17 septembre 1793, il parvient à tromper la vigilance de ses gardiens et entre dans la clandestinité.

Un mariage et une naissance en confinement !

Sous le nom de Desrichards (nom de la propriété familiale en Saintonge), il trouve asile dans la famille Chénié qui le cache un temps, puis l’aide à s’installer dans le plus grand secret rue du Bac. Il y reste confiné jusqu’en 1794.

Bien que recherché et en danger, quelques douceurs imprévues viennent atténuer les affres de sa retraite  forcée. L’une des filles du couple Chénié, Marie-Louise-Augustine, lui apporte régulièrement des vivres dans sa cachette. Elle est ravissante et Michel Regnaud ne tarde pas à tomber amoureux d’elle. Un mois après son entrée dans la clandestinité, le 19 octobre 1793, il l’épouse. Un contrat de mariage est rédigé chez les parents d’Augustine par deux notaires publics.

Neuf mois plus tard, le 30 juillet 1794, Augustine Chénié donne le jour à un petit garçon qui est déclaré sous le nom d’Auguste Michel Étienne Desrichards, puisque Regnaud est toujours recherché par la police. Malheureusement, la jeune mère décède une quinzaine de jours plus tard des suites de son accouchement.

Ce n’est que le 24 novembre 1794, après la disparition des comités de surveillance et la fin de la Terreur, que Regnaud sort de la clandestinité et va faire reconnaître officiellement son fils sous son véritable nom : Auguste Michel Étienne Regnaud.

Lors de son mariage avec Laure de Bonneuil le 3 septembre 1795, le petit Auguste est adopté par la jeune femme qui l’élève comme son propre fils.

Par la suite, son père a la brillante carrière qu’on lui connaît : porte-parole officiel du Premier Consul, puis de l’Empereur, il participe à la rénovation des institutions administratives, judiciaires, ecclésiastiques, civiles et sociales de la France. Membre éminent du Conseil d’État, il est l’un des rédacteurs du Code civil de 1804.

Quant à Auguste, né pendant le « confinement » de son père, après un début de carrière militaire sous le Premier Empire, il devient sous le Second Empire commandant en chef de la Garde impériale, puis Maréchal de France.

Sources :

Regnaud de Saint-Jean-d’Angély, ou la fidélité à l’empereur (1760-1819) / François Pairault. – Saintes : Le Croît vif, 2015.

Le Comte Regnaud de Saint-Jean-d’Angély, « l’éminence grise » de l’empereur / Jean Verzat. – Saint-Jean-d’Angély : Bordessoules, 2000.

Texte rédigé par Brigitte Derbord pour le musée des Cordeliers de Saint-Jean d’Angély.

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