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Un peintre voyageur

Gaston Vuillier (1845-1915) commence sa vie professionnelle comme juriste dans l’étude d’un notaire marseillais. Attiré par les arts il prend des cours de dessin à l’École des beaux Arts de la ville. En 1870 il rejoint l’armée et voyage en Algérie. Il découvre les orientalistes et les paysages oranais. C’est en 1876 qu’il décide de faire du dessin son métier, il monte à Paris et s’inscrit dans l’atelier d’Emmanuel Lansyer. C’est en 1878 qu’il rencontre Édouard Charton, créateur de l’hebdomadaire “Le tour du monde”, revue qui propose des reportages illustrés à ses lecteurs. Vuillier, d’abord cantonné à des tâches annexes d’illustration progresse au sein de la maison Hachette, et, à partir de 1888 il est envoyé en reportage. Charge à lui de documenter en mots et en images ses voyages, d’abord en Andorre puis, son style semblant apprécié, très rapidement autour de la Méditerranée.

Un profond attachement pour le Limousin

Il réalise trois reportages dans le Limousin entre 1891 et 1899, et s’intéresse notamment aux pratiques occultes du pays.

Il sait écouter et les habitants lui accordent leur confiance, l’acceptant dans leurs mystères. C’est une expression de cette “intimité” qui se dévoile dans cette saisissante illustration. Le forgeron guérisseur, aussi appelé metze, Chazal, pratique un acte prophylactique en “forgeant” la maladie d’un jeune enfant. La description de cette scène est relatée par Vuillier lui-même dans “Le Tour du monde numéro 43 – chez les  magiciens et sorciers de la Corrèze” et reproduite plus bas dans cette page.

L’attachement de Gaston Vuillier au Limousin est sincère puisque dès 1892 il s’installe en Corrèze, à Gimel-les-Cascades, fasciné par la beauté de l’endroit.

 

Le spectacle qui s’offre à mes yeux est étrange. Chazal, en manches de chemise, un lourd marteau de fer à la main, se tient debout devant l’enclume. Il parait transfiguré, ses yeux brillent ; une rougeur inusitée colore son visage et ses mèches blanches flottent, lumineuses autour de sa tête. Près de lui des femmes, couvertes des grandes capes sombres, déshabillent un jeune garçon maigre, presque exsangue, qui roule des yeux d’effroi.

Un vieillard, les bras nus, agite frénétiquement le grand soufflet qui va et vient avec rapidité, faisant un grand bruit rythmé. La forge entière est éclairée des reflets sanglants du brasier, tandis que dans l’ombre se meuvent confusément des silhouettes.

Chazal est toujours debout, immobile, grave, la main sur le marteau, ceint de rouge, illuminé par la flamme. L’enfant est nu, très pâle. Chazal murmure quelques mots d’une voix brève ; aussitôt l’enfant est étendu sur l’enclume, et, tandis que sa mère la saisit par le bras, une autre femme retient ses jambes et le forgeron de sa main gauche soutient sa nuque.

Un effroyable rugissement tout à coup fait trembler les vitres, en même temps le bras de Chazal se lève et s’abaisse ; le marteau frappe l’enclume avec violence. Le corps de l’enfant est tout secoué par des frissons. Sur son visage défait ses yeux terrifiés s’ouvrent, et de grosses larmes coulent le long des joues de la mère. Un autre cri sauvage retentit, de nouveau le marteau tombe sur l’enclume, dont les vibrations métalliques sont tressaillir un instant la forge.

Le vieillard, environné d’étincelles, active toujours le brasier qu’il attise avec la pointe incandescente d’un fer. On eût dit qu’un grand vent de tempête passait et repassait sur nos têtes : c’était le bruit infernal du soufflet.

Chazal pousse un troisième rugissement plus effroyable encore.
Cette fois le marteau retombant s’arrête net au-dessus du ventre du malade, puis doucement il vient frôler l’épiderme.
Aussitôt le soufflet infernal se tait, le brasier, recouvert de mâchefer, s’éteint.
L’enfant, épouvanté, est habillé à la hâte et emporté par les femmes.
Le vieillard a disparu. Chazal remet sa veste et s’en va. Stupéfait, je reste cloué sur place.

Gaston Vuillier, « Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze »,Le Tour du monde, n° 43, 28 octobre 1899.

Cet ouvrage est consultable sur le site Bibliothèque numérique du limousin à l’adresse suivante : http://www.biblim.fr/items/show/126

Le site géoculture propose une publication thématique sur Gaston Vuillier réalisée à l’occasion de l’exposition “Gaston Vuillier chez les magiciens et sorciers de la Corréze” qui s’est tenue au musée du cloître de Tulle du 15 janvier 2017 au 6 janvier 2018.
https://geoculture.fr/les-enchantements-correziens-de-gaston-vuillier

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