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David devant l'Arche d'Alliance

Antoine Dieu

David devant l’Arche d’alliance

Cette composition magistrale représente un épisode du second livre de Samuel (chapitre 6, versets 3 –  5) : “installé à Jérusalem, le roi décida d’y transférer l’Arche d’Alliance, depuis le royaume de Juda. L’Arche fut placée dans un chariot  tiré par des bœufs.”
Fidèle au texte biblique, Antoine Dieu montre David et “toute la maison d’Israël”, qui “dansent devant Yahvé de toutes leurs forces, en chantant au son des cithares, des harpes, des tambourins, des sistres et des cymbales” (La Bible de Jérusalem).

Le roi est au centre, il esquisse un pas de danse, les yeux vers le ciel. Tandis qu’il joue de la harpe. À sa droite, devant un fond d’architecture qui évoque la ville de Jérusalem, se  massent des danseuses brandissant tambourins et trompettes. À l’arrière-plan s’avancent des bœufs, derrière lesquels s’élève l’Arche, surmontée par deux figures d’archanges ailés.

Bien qu’ayant adopté une composition d’un grand classicisme, marquée par la figure centrale du roi, par les éléments repoussoirs à chaque extrémité du premier plan – trois personnages assis à gauche, un brasero fumant à droite -, par une construction en profondeur dessinée par le fond architecturé, Antoine dieu a su insuffler à son œuvre un rythme exceptionnel : une sorte de frénésie saisit tant les danseurs que le bœuf qui s’avance à la droite, les pattes écartées, presque en déséquilibre, tandis que les fumées d’encens qui envahissent la scène ajoutent à la fébrilité de l’ensemble. L’usage du lavis de sanguine accentue les contrastes lumineux et concourt au sentiment de vie qui ressort de cette feuille.

 

Antoine Dieu figure parmi les nombreux élèves de Charles le Brun. Bien qu’on connaisse quelques peintures de sa main, il est surtout réputé pour ses dessins, grâce aux travaux pionniers de Pierre Rosenberg qui ont permis de le redécouvrir. C’est à ce dernier qu’on doit l’attribution de la feuille de Poitiers dans laquelle se lit cette “extrême facilité de dessiner” d’Antoine Dieu que Pierre-jean Mariette louait déjà au XVIIIe siècle.

L’œuvre appartient au fonds d’arts graphiques du musée de Poitiers depuis le XIXe siècle, sans qu’il soit possible d’en connaître la provenance exacte. Elle pourrait être entrée grâce au legs de Jules Charbonnel, en 1870, si l’on interprète les initiales “JC” portées au dos de la feuille comme celles de ce collectionneur.

Texte rédigé par Anne Bénéteau, ancienne directrice des musées de Poitiers.