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Paysage apocalyptique et Veau d'Or (titre factice)

Un “fils de”, marqué par son père

De Jean Salis (1886-1963), l’histoire retiendra qu’il était le fils de Rodolphe Salis, lui-même propriétaire du célèbre Cabaret du Chat Noir… Une figure paternelle et un héritage qui pèsent lourd sur les épaules du fils… Celui-ci embrasse une carrière d’artiste peinte comme l’indique son acte de mariage. La figure du chat noir a dû le marquer durablement puisqu’il l’utilise sur les frises de l’hôtel Russeil, son domicile, rue Bourbon à Châtellerault. Ces dernières sont malheureusement détruites (ou dissimulées) lors de travaux de transformation du bâtiment au début des années 1990.

Frise de Jean Salis figurant chat noir et petites souris

Le Grand Atelier, musée d’art et d’industrie (Châtellerault – 86) possède plusieurs études et dessins réalisés autour des années 1930. Ils témoignent d’un vrai coup de crayon qui ne trouve pas de fortune critique du vivant de Jean Salis.

 

Si certains dessins présentent de simples vues calmes de jardin et de bord de cours d’eau (cf. ci-dessus), d’autres proposent des images fantasmagoriques qui semblent s’inscrire dans une filiation entre Symbolisme (l’imagerie “diabolique” de Félicien Rops) et Nouvelle Objectivité (le triptyque La Guerre d’Otto Dix achevé en 1932).

Dans ses paysages rehaussés de gouache, la touche est souvent visible, impressionniste dans le traitement de la végétation. Elle est marquée par des tons francs de bleus et de verts, le reste de palette oscillant principalement entre rouge, lie-de-vin et tons violet.

Ses choix de couleurs, dans ses dessins fantastiques, sont plus heurtés opposant les rouges, mauves et les bleus, cyans pour une ambiance que n’aurait sans doute pas renié un peintre sous substances hallucinogènes. En était-il un ? Souffrait-il de troubles ou était-il simplement inspiré voire traumatisé comme tant d’hommes de sa génération par les horreurs de la guerre et hanté par des visions apocalyptiques ? Le mystère reste complet.

Un autre œuvre symbolique et fantastique. Le crayonné semble une esquisse préparatoire au dessin rehaussé de gouache. De plus, la présence de numéro laisse à penser qu’il s’agit là que fragments d’une série narrative.

Décrit à tord dans l’inventaire du musée comme un paysage “satyrique”, c’est un dessin empli de symboles et de représentations qui relèvent d’une vision apocalyptique de la fin du monde, au sens religieux du terme. Il fait également allusion à l’une des deux grands conflits mondiaux du 20siècle qui inspira tant d’artistes.

  • L’aspect apocalyptique est présent par la figure du Christ crucifié, ici mis à mal car au sol, comme abandonné. Au centre au premier plan, un homme ailé – La mort – aiguise sa faux sur une meule graissée avec le sang que lui verse un cadavre squelettique à l’aide d’une amphore. Ce sang forme un ruisseau d’où semble émerger un corps depuis son tombeau. À l’arrière-plan, le diable observe la Mort, tandis que derrière lui un Veau d’or domine la scène.
  • Repartant du Veau d’or, deux personnages se tiennent près ce dernier : devant lui, comme en majesté, ce qui semble être une figure de grand bourgeois ou de grand patron et en plus petit, sur la droite un personnage tenant faucille et marteau, allégorie du communisme. Ces deux figures s’inscrivent dans toute une représentation politisée du conflit armée. Sans connaissance précise de la date du dessin et en l’absence de symboles nazis, il est possible de penser qu’il s’agit là d’une dénonciation de l’horreur de la Première Guerre mondiale avec ses champs de bataille jonchés de morts, ses soldats et ses machines de guerre (chars d’assaut et canons).

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