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Masque rom de danse (Vanuatu) - MHNLR

7 estampes pour 7 péchés

Pierrot, figure emblématique de la Comedia del Arte, est le personnage fétiche du dessinateur Willette au point de lui donner le titre du journal littéraire satirique qu’il dirigea et illustra. Il figure systématiquement accompagné de femmes dénudées sur les 7 estampes proposées ici et conservées au Grand Atelier, musée d’Art et d’Industrie à Châtellerault (86).

Volontairement érotisées, voir violentes – il y aurait beaucoup à dire sur “la colère” -, ces illustrations sont à l’image de leur auteur : agressives, provocantes et pourtant fortement imprégnées d’une morale religieuse où la femme n’est clairement pas à son avantage.

Adolphe Léon Willette, cet enragé

Adolphe Léon Willette (Châlons-sur-Marne 1857- Paris 1926), résidant à Montmartre depuis 1882. Artiste au crayon facile, il illustre de nombreux journaux, dessine aussi des partitions, des menus, des affiches, des caricatures et réalise des silhouettes pour le théâtre d’ombres utilisant les figures de Pierrot et Colombine qui rendent populaire son œuvre.

Sa popularité de l’époque est indissociable des cabarets de Montmartre. Il est proche de l’artiste anarchiste Théophile Alexandre Steinlen et de Rodolphe Salis, le propriétaire du Cabaret du Chat Noir, pour lequel Willette réalise l’enseigne en tôle figurant un chat faisant le gros dos et peint l’immense toile « Parce domine » du cabaret, évoquant le tourbillon d’une fête macabre désespérée. Pour autant, leurs relations sont tumultueuses. Leurs mésententes ne se régleront visiblement jamais puisqu’à la mort de Salis en 1897, Willette se réjouit dans Le Courrier français en commentant : “J’ai bu trois bouteilles de vieux bourgogne” !

C’est un homme controversé aux prises de positions nombreuses, agressives et souvent contradictoires dans le temps. Pacifique loué par Guillaume Apolinaire, il devient xénophobe à l’approches de la guerre. Son fanatisme antisémite le fait se ranger du côté des Anti-Dreyfusard. Une prise de position qui aujourd’hui, a durablement terni son image. C’est ainsi que le square montmartrois à son nom créé en 1927 est rebaptisé, en 2004, Square Louise Michel, figure féministe que Willette connaissait car proche des communards. Libertaire acharné, il est tour à tour anti-protestant, anticolonial, antibourgeois, contre la police, les juges, les militaires, les cubistes… Des nombreux engagements radicaux qu’il reniera en grande partie avant de finir sa vie en catholique intégriste traditionaliste et qui n’enlève rien à sa qualité de dessinateur et de son univers dessiné provocant.