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Le “monstre-sacré”

Fille de courtisane à l’enfance solitaire, Sarah Bernhardt (1844-1923), après avoir un temps envisagé d’entrer en religion, intégre à 14 ans le conservatoire. Après une première expérience en demi teinte à la Comédie Française qu’elle quitte suite à une dispute avec une sociétaire, mademoiselle Nathalie, elle est engagée à l’Odéon en 1866. Elle y joue notamment la reine dans Ruy Blas de Victor Hugo qui la surnomme “La voix d’Or”.

Ce rôle est un premier succès qui lui vaut de revenir en triomphatrice* à la Comédie-Française où elle reste quelques années, enchaînant les succès, avant de claquer définitivement la porte de la Comédie-Française et de poursuivre sa carrière, à partir de 1880, à la tête de sa propre compagnie et dans une série de tournées internationales qui consacrent son statut de première véritable “star” internationale. Cocteau invente le terme “monstre sacré” pour la désigner.

La dame aux camélias, L’aiglon… Sarah Bernhardt a joué dans les pièces les plus célèbres de son temps, côtoyé les esprits les plus brillants tels que Hugo, Rostand, Gambetta, Gustave Doré, Oscar Wilde, Alfons Mucha et bien d’autres.

*terme issu du site de la Comédie-Française, la fiche présentant sa 299e sociétaire est consultable en suivant ce lien.

Portrait  de Sarah Bernhardt sur un projet d’éventail conservé au musée Sainte-Croix de Poitiers, détail

Sarah Bernhardt et la sculpture

Dans les années 1870 Sarah Bernhardt s’intéresse à la peinture et au modelage qu’elle apprend à l’académie Julian et de manière autodidacte. Elle présente plusieurs de ses œuvres au Salon de peinture et de sculpture devenu en 1880 Salon des artistes Français.

Le roi s’amuse

La sculpture présentée ici, date de 1877 et appartient à sa production précoce, plus naturaliste que ses œuvres ulltérieures. Elle s’inspire du théatre de Victor Hugo. Elle représente le personnage deTriboulet, le fou du roi François Ier dans la pièce “Le Roi s’amuse”. Après avoir encouragé le roi à la débauche c’est finalement sur la fille du bouffon que le roi jette son dévolu. Triboulet entreprend alors de le tuer mais c’est sa propre fille, Blanche, qui perd la vie.

Nous voyons ici le fou, un rictus figé sur la figure, les yeux perdus, tenant en ses mains un crâne qui pourrait être celui de sa fille. Cette scène n’apparaît pas directement dans la pièce d’Hugo, Sarah Bernhardt a choisi une approche plus allégorique, rapprochant Triboulet d’un Hamlet tenant en ses mains le crâne d’un autre bouffon, Yorick. Il est d’ailleurs à noter qu’elle a interprété le rôle d’Hamlet sur scène, brandissant un crâne offert par Hugo en 1877. Ce crâne, aujourd’hui conservé au Victoria and Albert Museum de Londres, porte ces vers inscrits sur la partie pariétale :

« Squelette, qu’as-tu fait de l’âme ?
Lampe qu’as-tu fait de la flamme ?
Cage déserte qu’as-tu fait
De ton bel oiseau qui chantait ?
Volcan, qu’as-tu fait de la lave ?
Qu’as-tu fait de ton maître, esclave ? »

On retrouve dans cette sculpture l’attirance de Sarah Bernhardt pour le macabre, qui a même poussé la rumeur à la faire dormir dans un cercueil.

Outre cette esquisse en terre cuite du musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan on connaît deux épreuves en bronze conservées au Petit Palais et au musée des Beaux-Arts de Dijon de cette sculpture.

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