La sirène et le poète est une des toiles les plus remarquables des collections des musées de Poitiers, par sa dimension et l’éclat de son coloris ravivé par une récente restauration, par le thème et le style si évocateurs des la poétique de Gustave Moreau, mais aussi par l’origine de cette toile, qui est en fait un carton de tapisserie commandé par l’État à l’artiste pour la manufacture des Gobelins en 1894. Le sujet a fait l’objet dans cette version de sept études et esquisses peintes et dessinées, conservées au Musée Gustave Moreau à Paris.

Le thème est caractéristique de l’inspiration idéiste et onirique de Gustave Moreau, tant appréciée chez les symbolistes : la lutte du bien et du mal, du beau et du laid, de l’homme et de la femme, de l’amour et de la mort, mais aussi l’impossible  quête de la fusion des âmes et des êtres, incarnée par la tentation de l’androgynie, le combat solitaire de l’artiste, visionnaire incompris par le monde, Gustave Moreau s’identifiait fortement au héros et au poète.

 

L’artiste, dont on connaît le goût et la culture pour les arts décoratifs, adapte étroitement son œuvre au projet de tapisserie, verticalité de la composition et forte présence du cadre décoratif repris de sources archéologiques.

Si l’œuvre plût aux défenseurs de l’esthétique classique comme Sully Prudhomme, ce qui nous séduit aujourd’hui dans cette œuvre monumentale au puissant charme poétique, c’est au contraire l’audace de son coloris et de sa touche, sa liberté de facture et cette esthétique de l’inachèvement qui nous apparaît chez le maître de Matisse, Rouault et Marquet comme la tentation de l’abstraction.

Crédits de cette publication

Cet article a d’abord été publié dans le trimestriel des musées de Poitiers, édition avril – mai -juin 2000, sous la direction de Philippe Bata.

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