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Et Mercure sort de terre…

La découverte fortuite à Dax d’un ensemble en bronze remarquable

En 1979, un incendie détruit partiellement les Halles de Dax. Lors de leur reconstruction, on découvre un quartier artisanal gallo-romain datant du Ier au IIIe siècle apr. J.-C. et une masse métallique, une gangue de fer et de bronze agglomérée par la corrosion. Des statuettes se détachent au premier coup d’œil de cet amas métallique.

Cet ensemble d’une quinzaine d’objets en bronze s’avère remarquable, avec notamment trois lampes à huile, une figurine de sanglier, une statuette du dieu Esculape et une statuette de Mercure accompagné d’un coq et d’un bouc. L’enfouissement de ce dépôt est difficile à dater précisément, probablement à la fin du IIIe siècle, au plus tôt.

Trésor des Halles de Dax

Trésor des Halles de Dax

© Musée de Borda – photographie Philippe SALVAT

Six ans d’étude et de restauration minutieuses

Six années ont été nécessaires pour étudier et restaurer l’ensemble du Trésor des Halles. Les objets, fragilisés par leur corrosion et leur exhumation, ont été extraits de leur gangue métallique. Après un traitement chimique ayant permis de bloquer la corrosion du métal et de stabiliser leur état, ils ont été recouverts d’une cire pour les isoler de l’air ambiant. La conservatrice-restauratrice a ensuite pu procéder au remontage et à l’association des objets désolidarisés. Une étude prenant en compte chacun des objets du trésor a été réalisée : style, datation, provenance, hypothèses sur le contexte archéologique.

Mercure et la gangue

Mercure et la gangue

© photographie Jean-Michel ARNAUD

Mercure avant restauration

Mercure avant restauration

© photographie Brigitte DERION

Radiographie du Mercure

Radiographie du Mercure

© photographie France DRILHON

Une statuette de Mercure d’une taille exceptionnelle

Parmi les objets de ce trésor, le groupe formé par la statuette du dieu Mercure, accompagné d’un bouc et d’un coq, est particulièrement exceptionnel par sa taille tout à fait inhabituelle de 30,6 cm, les figurines de Mercure mesurant généralement entre 7 et 9 cm, rarement jusqu’à 20 cm.

Mercure, dieu du commerce, des voyageurs et des voleurs dans la mythologie gréco-romaine, est également le messager des autres dieux. Jules César nous apprend dans sa Guerre des Gaules que Mercure est le dieu le plus important et le plus représenté en Gaule romaine au moment de la Conquête. Il décrit probablement là une divinité celtique antérieure à la romanisation, dont les attributions recoupent celles du dieu romain que connaissent ses lecteurs romains. En Gaule romaine, Mercure est notamment attaché à l’idée de prospérité et d’abondance.

Une représentation de Mercure classique, venant de la péninsule italique

Cette statuette reprend tous les codes du Mercure gréco-romain classique, même si son association à un coq et un bouc dans un même groupe est plus proprement gauloise.

Mercure est représenté nu, son manteau, ou chlamyde, jeté sur son épaule. Il est coiffé d’un pétase ailé et chaussé de sandales. Il porte ses attributs habituels  : une bourse remplie de pièces de monnaies et un caducée, baguette sur laquelle s’enroulent deux serpents.

Le Mercure de Dax présente le déhanché caractéristique de la représentation classique de la beauté virile. La justesse anatomique, les volumes et le modelé très finement rendus de ce corps contrastent avec certaines parties disproportionnées, comme la tête, les pieds, et surtout la main droite trop grande, au modelé maladroit. Les détails stylistiques de la statuette permettent de définir cette production comme étant italique, des premières décennies de l’Empire romain, les règnes d’Auguste ou de Tibère, soit entre 27 av. J.-C. et 37 apr. J.-C.

Un assemblage disparate

Le groupe de Mercure lui-même est un assemblage de figurines et objets de styles différents. Le caducée d’origine a probablement été perdu au moment de l’arrachement de l’index droit de la statuette. Celui retrouvé avec la statuette est une adjonction ultérieure, grossièrement soudée dans une position peu naturelle et non conforme à l’axe de la main.

Le coq et le bouc présentent des caractéristiques stylistiques totalement différentes de la statuette italique de Mercure, et constituent probablement le travail d’un même artisan bronzier. Le traitement sommaire et stylisé des volumes, du plumage et du pelage des deux animaux, représentés par des incisions parallèles, rappellent le style provincial que l’on observe à la fin du IIIe ou au IVe siècle en Aquitaine, avec un retour aux traditions artistiques celtiques.

L’assemblage d’objets hétéroclites, plusieurs fois réparés et remployés, de provenances, de datations et de styles différents dans un même dépôt accrédite l’hypothèse qu’il s’agit là de la cachette d’un antiquaire-restaurateur. Celui-ci aurait, à la fin du IIIe ou au IVe siècle, redonné vie à des antiquités en réassemblant divers éléments, réparant et ressoudant des éléments cassés.

Crédits

Textes :
Marie-Christine Meléndez et Lætitia Rodriguez, Musée de Borda de Dax
D’après les travaux de Jacques Santrot, conservateur en chef du patrimoine et Brigitte Derion, conservatrice-restauratrice.

Photographies (sauf mentions contraires) :
Vincent Lagardère, Alienor.org, Conseil des musées

Numérisation 3D, mise en page et intégration web :
Vincent Lagardère, Alienor.org, Conseil des musées

Remerciements :
Le musée d’Aquitaine de Bordeaux pour son aimable autorisation des photographies

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