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Florilège berbère

Une sélection de céramiques issue des collections du Musée d'Angoulême

Les berbères

Ils sont considérés comme les premiers habitants de l’Afrique du Nord. Les influences exercées par les occupants successifs comme les Phéniciens, les Grecs ou les Romains sont restées superficielles en dehors des régions côtières.

Avec l’arrivée des conquérants arabes au 7e siècle, les populations berbères se sont retirées dans les régions isolées où elles ont longtemps conservé une large autonomie. Leur pratique de l’islam se mêle à des survivances animistes plus anciennes.

Carte des territoires berbères
(d’après Berbères, de rives en rêves)

La poterie berbère

Elle est un exemple d’une pratique dont on peut retrouver la trace jusqu’à la préhistoire. Des poteries ont en effet été trouvées dans des tombes mégalithiques d’Afrique du Nord qui présentent une grande proximité de technique, de matériaux et décors avec les productions contemporaines berbères.

Ces poteries se trouvent sur un territoire allant d’est en ouest du Maroc (Moyen-Atlas et Rif) à la Tunisie (région de Sejnane) et couvrent tout le territoire du nord de l’Algérie, de la région d’Oran à la petite Kabylie et à l’Aurès ainsi que certaines zones de la lisière présaharienne (Djebel Amour, Timimoun et Négrine).

Pot de beurre marocain

Formes et usages

On n’observe pas d’utilisation du tour ni du four, en cela la poterie berbère est très différente de la poterie antique qu’elle aurait précédée mais nous ne disposons pas de vestige ancien, étant donné la fragilité et l’usage qui était fait de ces objets.

Ces poteries sont avant tout utilitaires (pour le transport de l’eau, la conservation des aliments, la préparation et le service des repas) mais également décoratives (elles embellissent l’intérieur de la maison) et rituelles (elles prennent place dans les mariages notamment). Les décors seraient d’ailleurs eux-mêmes des motifs prophylactiques, assurant la protection des propriétaires au quotidien.

Les œuvres présentées ici et leurs usages :

  • les jarres et cruches : de grandes jarres à la forme effilée étaient portées par les femmes et les fillettes sur le dos pour aller chercher l’eau dans les puits ou les sources, la transporter dans la maison et la conserver, l’eau est alors transvasée dans d’autres jarres de taille plus modeste et dans des cruches ;
  • les gargoulettes : elles servent à garder et à servir l’eau et parfois le lait ;
  • les plats de fête et assiettes : les plus grands sont pour la nourriture habituelle et le couscous à l’occasion des mariages et des autres jours de fêtes. Dans les plus petits on présente l’huile, le beurre et le miel et le couscous pour les enfants ;

La fabrication

La période de réalisation se concentre au printemps lorsque la température est douce, afin d’éviter un séchage trop rapide et des craquelures liées à une forte chaleur.

La matière première est l’argile existant en abondance aux abords des villages, qui est lavée, malaxée avec des débris pilés de poteries usagées pour enlever les impuretés.

Les céramiques sont façonnées à la main selon la technique du colombin puis sont polies avec un galet ou un coquillage et ensuite mises à sécher à l’air, enduite d’un engobe blanc ou ocre avant d’être décorée au doigt ou avec un pinceau rudimentaire trempé dans des colorants naturels blanc, ocre ou brun. Les pièces sont cuites au feu de bois, à même le sol. L’ultime étape consiste à recouvrir la poterie d’une résine végétale qui donne du brillant à la pièce et lui offre une certaine étanchéité.

Une activité féminine

Cette technique de fabrication est commune à toutes les populations et transmise de mère en fille, ce qui diffère d’une région à l’autre, c’est la nature de l’engobe et des colorants ou bien le décor.

Les femmes, destinées à donner la vie, sont associées dans les croyances berbères au sol fertile de la terre, un lien qui est au cœur des pratiques de la potière. Les motifs décoratifs géométriques qui recouvrent les poteries seraient d’ailleurs eux-mêmes des symboles ayant une signification précise : purification, protection, fertilisation, fécondité…motifs que l’on retrouve dans les tatouages des femmes, les tissages et les bijoux.

Ce sont donc des objets éminemment vivants qui participent à la vie quotidienne des familles et sont des signes identitaires des groupes.

Vers la perte d’un savoir-faire ?

Les conditions de création et de diffusion de cette céramique sont depuis quelques années en voie de disparition. En effet, les mutations liées à la décolonisation, la mondialisation de l’économie ont été peu favorables au maintien de la tradition, de même que l’urbanisation, le développement du tourisme et la prise en main par le ministère algérien de l’artisanat des productions. Enfin, le remplacement des ustensiles ménagers en terre cuite par des objets modernes en métal ou en plastique et la modification des pratiques pour répondre à une demande touristique croissante se sont ajoutés aux facteurs d’évolution du contexte de création de cette céramique. La perte du caractère fonctionnel, l’évolution des décors pour répondre à des goûts, à des demandes, l’utilisation de peintures industrielles aux couleurs beaucoup plus vives ainsi que la complexification des formes sont les éléments les plus notables de ces évolutions récentes. Elles sont la marque, cependant, d’une créativité qui pour sa part est en croissance mais qui s’accompagne de la perte du caractère préalablement identitaire de ces productions.

Bibliographie

 

Ideqqi, art des femmes berbères, Catalogue d’exposition du musée du quai Branly, Paris-Milan, musée du quai Branly-5 Continents, 2007.

Berbères, de rives en rêves, catalogue de l’exposition de l’Abbaye de Daoulas, Sépia – Abbaye de Daoulas, 2008.

Algérie, Mémoire de femmes au fil des doigts, Paris, Somogy éditions d’art-Paris musées, 2003.

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Crédits

Conseiller scientifique et textes :

Émilie Sallaberry-Duhoux, directrice des musées d’Angoulême

Réalisation technique, photos et numérisation 3D :

Vincent Lagardère, Alienor.org, Conseil des musées