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Une nouvelle aventure industrielle et artistique

Henri Amirault se retrouve, à 57 ans, en possession d’une faïencerie qu’il doit rendre rentable pour récupérer son investissement. Mais, avec le départ de Jouneau, ce sont aussi les ouvriers les plus qualifiés de l’entreprise qui sont partis, même si, à terme Amirault va réussir à les rappeler à ses côtés.

Les premières productions de l’ère Amirault sont loin d’égaler la qualité des pièces de son prédécesseur. Il commence par réutiliser des moules réalisés par Jouneau. Ainsi, on peut rencontrer des œuvres signées par ce dernier et portant une étiquette d’Amirault, de même que des pièces où le monogramme « JP » a été gratté.

Amirault a eu à cœur de construire un nouveau répertoire, tout en utilisant parfois les anciens moules. Le montage des différentes parties des pièces lui permet aussi de diversifier la production. Ainsi, avec une même panse globulaire décorée de rinceaux, il a fabriqué des lampes ou des soliflores, en mélangeant les formes de piédouches ou de lèvres et d’anses.

Mais surtout, Amirault a créé de nouvelles formes. Est-ce lui ou sont-ce ses ouvriers tels que Clémentine Pétrault-Émoneau qui sont à l’origine de ces créations ? On ne le saura peut-être jamais sans nouvelles données.

Une part importante de la production est composée de pièces imposantes qui s’adressent à un public issu de la bourgeoisie locale. D’autres formes de taille très modeste à l’inspiration Art nouveau évidente montrent l’influence du jeune céramiste Édouard Knoëpflin à partir de 1902 ; celui-ci a été formé à Paris et à Limoges et fait entrer le style Art nouveau dans la production de la faïencerie de Parthenay.

La production d’Amirault – ou en tout cas les œuvres qui portent sa signature ou son monogramme – ne présente pas les mêmes caractéristiques esthétiques que celle de Jouneau. Nous somme parfois loin d’un « classicisme » issu d’une solide formation aux Beaux-Arts, et ceci donne à l’occasion des pièces maladroites ou déséquilibrées et, de fait, esthétiquement plus discutables. La mauvaise maîtrise de la cuisson participe aussi beaucoup à accentuer les maladresses formelles.

Compte rendu publié dans le Figaro par Tony Catta à l’occasion d’une exposition consacrée en 1932 aux faïences locales de Parthenay :

« Pour qui a connu ces deux artistes, il est aisé de reconnaître, dans les pièces qui remontent à l’époque de leur association, ce qui appartient à chacun d’eux. À Prosper Jouneau revient la plus grande part dans la technique, dans la composition de la pâte et dans les procédés qui permirent d’obtenir ces transparences admirables, particulièrement belles dans les porcelaines, par exemple dans ces médaillons qui reproduisent les « Saisons » de Prud’hon en blancheurs vaporeuses s’enlevant sur des fonds d’un vert sombre ayant la pureté des eaux profondes. De Jouneau, encore, les formes massives, un peu lourdes parfois, mais robustes et pleines où se retrouve la main du sculpteur. Les modèles d’Henri Amirault sont plus graciles. De lui, sans aucun doute, ces décorations légères, ces guirlandes de feuilles de houx et d’acanthe, ces têtes de faunes et de nymphes, ces rondeurs d’enfants sur les flancs d’une aiguière, ces serpents enlacés qui en forment l’anse, et ces décorations patientes, imitées des vases d’Oiron, produites par des fers de relieur enfoncés dans la pâte. »

De la reprise des pièces de Prosper Jouneau à des formes inspirées de l’Art nouveau la production de la faïencerie a su évoluer sous la direction de Henri Amirault.

l’énigmatique signature des œuvres

On peut trouver sur les pièces, à la fois des sigles « AP » liés (pour Henri Amirault) et « FP » (F inversé lié à P, le plus souvent dans le décor) et qui peuvent être rattachées sans conteste à la production de la faïencerie de Parthenay. Il est possible d’en attribuer la paternité à l’ouvrier Frédéric Paquet.